Dans les pièces de la designer marseillaise Julia Chehikian, le fer se chauffe au soleil, la lumière façonne les lignes et l’extérieur devient un territoire de création.
Elle y invente un design où la matière vit, vieillit et se souvient.
Entre force et délicatesse, ombre et lumière, le travail de Julia Chehikian explore la matière comme une mémoire vivante. Designer attachée au temps long, elle façonne le fer dans un dialogue constant avec les éléments, et tout particulièrement avec le soleil, qui révèle les lignes, dessine les ombres et accompagne la vie de ses pièces. Pensé majoritairement pour l’extérieur, son mobilier s’inscrit dans un rapport direct au climat, aux saisons et aux usages, loin de toute idée d’objet figé.
Ferronnière autodidacte, Julia Chehikian perpétue l’héritage de son oncle dans un atelier marseillais. Chaque projet présenté est une démonstration de savoir-faire, entre respect des matières et liberté d’expérimentation. À la croisée du design et de l’artisanat, ses créations naissent d’un souvenir, d’une contrainte ou d’une intuition, nourries par la lumière méditerranéenne, la Provence et les lieux du quotidien.
À travers cette démarche, Julia Chehikian invite à habiter les espaces autrement : avec attention, avec émotion, et avec le temps nécessaire pour que la matière devienne mémoire. Rencontre avec une designer émergente à suivre de près.
Votre travail semble dialoguer avec le temps, la matière, parfois même avec la mémoire des lieux.
Quelle place le patrimoine – au sens large – occupe-t-il dans votre démarche de création ?
Le patrimoine occupe une place essentielle dans ma démarche créative. Beaucoup de mes créations dialoguent avec le temps. Les souvenirs, les instants vécus et les présences aimées déposent leurs empreintes sur le mobilier que je crée. Souvent rattachée à des moments de vie qui m’ont marqué, parfois même à des personnes, chaque pièce de mobilier est dotée d’un patrimoine émotionnel fort et intime.
Mes créations s’ancrent également dans les lieux, photographiées dans des contextes marseillais. Le patrimoine ne se limite plus à mon histoire personnelle mais s’inscrit dans le rapport sensible que j’entretiens avec ma ville. Marseille, et plus largement la Provence, deviennent alors un espace de jeu et d’exposition me permettant de révéler mon mobilier.
Comment naît un projet chez vous ? Par une rencontre, un lieu, une contrainte, une histoire à prolonger ?
Mes sources d’inspiration sont multiples. Le mobilier que je crée naît parfois d’un besoin personnel, parfois d’un souvenir fort, chargé d’une énergie particulière. Par exemple, la table Piscine est née de mes souvenirs de vacances passés avec mes cousins et cousines. Ce sont ces moments joyeux et insouciants que j’ai eu envie de transposer dans mon salon. La forme, quant à elle, est guidée par la contrainte technique, la matière et mon intuition.
Dans un monde où tout va vite, le design peut-il encore être un espace de lenteur, de réflexion, voire de résistance ?
Chacune de mes créations est réalisée dans mon atelier à Marseille. Ce mode de fabrication impose un autre rythme, celui de mes mains et une cadence raisonnée, loin des logiques industrielles. Cette lenteur est à la fois choisie et imposée. Le temps du dessin, du prototype et des ajustements fait partie intégrante de mon processus créatif. C’est dans cette durée que mon mobilier se construit et trouve son sens.
Y a-t-il un matériau, une technique ou un savoir-faire qui vous touche particulièrement et que vous aimez mettre en valeur dans votre travail ?
Enfin, si votre design devait laisser une trace, qu’aimeriez-vous qu’il transmette aux générations futures : une émotion, un regard, une manière d’habiter le monde ?
J’utilise principalement le fer, une matière qui traverse le temps, ce qui me permet de concevoir du mobilier pensé pour durer, capable d’être transmis aux générations futures et de porter une histoire.
Quel serait le projet de vos rêves ?
Continuer de créer bien sûr !
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